En ce printemps 2005, la traditionnelle journée internationale de lutte des travailleurs a revêtu une résonance démocratique exceptionnelle. À quatre semaines du scrutin référendaire du 29 mai, la célébration des combats ouvriers s’est tout naturellement transformée en un mot d’ordre civique clair : faire barrage au projet de Traité constitutionnel européen (TCE). Dans la continuité des prises de position exprimées lors de nos précédentes interventions du 1er mai, les militants républicains et laïques ont porté le débat directement auprès des citoyens et du monde du travail.
Un carcan institutionnel imposé au monde du travail
Le projet soumis au vote ne se bornait pas à fixer des règles d’organisation démocratique, comme devrait le faire tout texte constitutionnel légitime. Il visait au contraire à sanctuariser un modèle économique et social spécifique : celui de la concurrence libre et non faussée, érigée en principe suprême intangible. En consolidant les orientations des traités antérieurs, de Rome à Maastricht et Nice, ce document visait à interdire structurellement toute politique de rupture, de redistribution authentique des richesses ou de contrôle citoyen des leviers économiques.
Ce texte présentait également de graves menaces pour deux piliers de l’émancipation collective :
- Les services publics : relégués au rang de simples « services d’intérêt économique général », ils se trouvaient exposés à une logique marchande destructrice et à des vagues successives de démantèlement.
- La laïcité républicaine : par la reconnaissance institutionnelle du rôle des cultes dans l’élaboration des politiques communautaires, le traité rompait avec la stricte neutralité de la sphère publique.
- L’autonomie syndicale et sociale : transformant les organisations syndicales en gestionnaires de compromis imposés dans le cadre d’un pacte de stabilité budgétaire contraignant.
Riposter à l’offensive libérale
Pour le pouvoir exécutif de l’époque, dirigé par Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin avec l’appui des organisations patronales, l’adoption de ce traité constituait l’instrument idéal pour poursuivre les politiques régressives : fragilisation du temps de travail, flexibilisation accrue, recul sur l’âge et les montants des retraites, et déstructuration des régimes de protection sociale. La stratégie officielle reposait largement sur la résignation et l’abstention des couches populaires pour faire entériner ce recul historique.
Dans notre campagne pour la victoire du Non républicain, nous rappelions que le rejet massif de ce texte ne relevait ni d’un repli nationaliste ni d’un refus de coopérer avec les autres nations, mais de la volonté de préserver la souveraineté populaire, condition sine qua non de toute transformation sociale.
Fédérer les forces républicaines pour l’Europe des peuples
Afin de transformer cette aspiration en victoire démocratique, République Sociale s’est engagée activement dans la dynamique unitaire. C’est dans ce cadre que les militants ont convié les citoyens à participer au grand meeting de la gauche républicaine, relayé par notre appel unitaire pour le rassemblement, affirmant haut et fort qu’une autre organisation du continent est possible : celle fondée sur l’harmonie sociale, la souveraineté démocratique et la laïcité.
