La célébration de la journée internationale des travailleurs conserve une actualité brûlante à chaque période de tension civique et sociale. Loin d’appartenir au folklore d’un siècle révolu, le rassemblement du 1er mai demeure le moment privilégié où s’exprime l’exigence d’un progrès partagé, contre les logiques qui tendent à subordonner l’intérêt général aux impératifs de rentabilité marchande.
La mémoire vivante des mobilisations populaires
Après les secousses électorales du printemps 2002 et les puissantes manifestations pour la sauvegarde des régimes de retraite par répartition en 2003, les cortèges syndicaux et citoyens ont réaffirmé leur détermination. Dans le sillage des combats menés en mai et juin 2003, l’année 2004 a vu converger des secteurs variés : personnels de l’éducation mobilisés contre l’émiettement territorial de leurs missions, agents de la santé et de l’énergie inquiets pour leurs statuts, ou encore acteurs du spectacle défendant l’assurance chômage solidaire.
Cette combativité populaire s’enracine dans la fidélité au compromis républicain issu du Conseil national de la Résistance en 1945. Ce pacte reposait sur une idée directrice : le salaire socialisé et la Sécurité sociale ne constituent pas des coûts superflus, mais le socle même d’une communauté de citoyens égaux et solidaires face aux aléas de l’existence.
L’égalité républicaine face aux dérives du démantèlement institutionnel
Le recul de la solidarité nationale emprunte souvent des détours institutionnels. La décentralisation à outrance, lorsqu’elle fragilise l’égalité des citoyens devant la loi et devant les services de l’État, crée des disparités territoriales inacceptables. Transférer des compétences fondamentales sans garanties budgétaires péréquées revient à organiser une concurrence néfaste entre collectivités, ouvrant la voie à des privatisations déguisées.
Face à ces orientations, les consultations électorales successives ont traduit une méfiance grandissante à l’égard des politiques d’austérité. Cependant, le mécontentement populaire ne saurait trouver son issue dans une simple alternance sans programme de rupture. Comme le soulignait déjà notre engagement lors du rassemblement du 1er mai 2002, la souveraineté civique exige une clarté absolue quant au cap fixé.
Pour une Constituante et une véritable République sociale
La crise que traverse le pays révèle l’essoufflement des mécanismes de la Ve République. Lorsque le vote populaire se transforme systématiquement en sanction sans que les aspirations majoritaires ne soient traduites en actes législatifs, c’est l’essence même du régime représentatif qui vacille. Il devient dès lors indispensable d’interroger la structure du pouvoir :
- Restaurer la primauté des services publics : garantir leur égal accès sur l’ensemble du territoire national sans logique de profit immédiat ;
- Protéger le modèle social : pérenniser le financement solidaire de la protection sociale et de la santé ;
- Ouvrir un processus constituant : redonner au peuple la pleine maîtrise de ses institutions par une assemblée démocratiquement mandatée.
Comme le rappellent nos analyses rassemblées dans les archives des publications civiques du Club, la défense des acquis du monde du travail ne peut être dissociée d’une ambition politique globale. C’est en assumant la confrontation des idées républicaines contre la résignation économique que se préparent les conquêtes de demain.
