La commémoration internationale des luttes du monde du travail prend en ce printemps 2007 une dimension civique toute particulière. Rassemblés aux côtés des défenseurs des libertés publiques, notamment les militants associatifs engagés pour la dignité des personnes sans papiers, nous mesurons à quel point les droits fondamentaux forment un tout indissociable. Le suffrage universel, conquis de haute lutte à travers les révolutions populaires de 1789 et 1848 puis complété en 1944 par l’accession des citoyennes aux urnes, demeure le socle sans lequel nulle émancipation collective n’est envisageable.
L’angle mort de la campagne électorale
Organisée précisément dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle, cette journée revendicative met en lumière les silences coupables des débats institutionnels. L’essentiel des discours dominants a contourné les questions sociales brûlantes qui affectent quotidiennement la population :
- La situation de la jeunesse, systématiquement confrontée à des horizons professionnels incertains et aux exigences du patronat ;
- La précarisation généralisée des travailleurs et l’imposition d’une flexibilité destructrice pour la vie de famille et la santé ;
- La culpabilisation permanente des demandeurs d’emploi, trop souvent désignés comme responsables de leur exclusion économique.
Fidèles à la tradition de nos prises de parole du 1er Mai, nous affirmons que les droits des salariés ne sauraient être réduits à des variables d’ajustement financier.
S’appuyer sur la force des mobilisations citoyennes
L’histoire récente rappelle que la résignation n’est pas une fatalité. Le rejet populaire exprimé le 29 mai 2005 contre le projet de constitution libérale pour l’Europe, tout comme l’immense mouvement unitaire ayant contraint le gouvernement à renoncer au Contrat Première Embauche en 2006, démontrent que le rapport de forces citoyen peut l’emporter. Comme nous l’avions souligné dans nos analyses sur les mouvements de contestation contre les projets gouvernementaux régressifs, la jeunesse et les organisations syndicales savent s’unir pour préserver les garanties collectives, qu’il s’agisse des régimes de retraite, de l’assurance maladie ou de l’école républicaine.
Refuser la régression, exiger la transformation républicaine
Face à la menace d’un durcissement autoritaire, atlantiste et ultralibéral porté par la droite dure, le devoir civique impose de barrer la route à ce projet régressif. Mais battre la candidature patronale ne saurait suffire si l’on se contente d’une simple alternance gestionnaire. La gauche démocratique et laïque doit renouer sans ambiguïté avec ses idéaux fondateurs : revalorisation des salaires, préservation du droit à la santé, défense intransigeante des services publics et garantie d’un enseignement national émancipateur.
Pour sortir du bonapartisme institutionnel de la Ve République, l’urgence réside dans l’instauration d’un véritable débat constituante. Seule une assemblée souveraine permettra de concevoir une République sociale rénovée, réconciliant démocratie politique et justice distributive, ainsi que nous l’affirmons régulièrement dans nos archives des combats militants.
