Depuis le début des années 2000, le débat civique français et international traverse une zone de fortes turbulences. L’espace public subit l’effet de ciseau de deux écueils symétriques : d’un côté, une rhétorique xénophobe et réactionnaire qui assimile abusivement croyants, citoyens de confession ou culture musulmane et fanatiques ; de l’autre, des dérives idéologiques qui renoncent à la critique rationnelle des dogmes au motif de préserver des identités particulières, qualifiant de stigmatisante toute réaffirmation ferme des principes républicains.
L’exigence d’une double résistance civique
Le devoir des militants de l’émancipation est de refuser catégoriquement ce piège intellectuel. Combattre sans concession tous les intégrismes religieux — sans exception de confession — ne saurait en aucun cas être assimilé à du racisme. À l’inverse, lutter contre toutes les formes de discriminations (antisémites, antimusulmanes, xénophobes, homophobes ou sexistes) impose une vigilance absolue face aux projets rétrogrades de l’islamisme politique ou des cléricalismes de tout bord.
Dans la lignée des mobilisations républicaines qui ont soutenu Le Manifeste des Douze pour défendre l’universalité de la raison, cette clarification salutaire s’adresse en premier lieu aux croyants eux-mêmes et aux citoyens issus de pays sous domination théocratique. Ayant fui la tyrannie cléricale, ils savent parfaitement quel prix les libertés publiques et individuelles paient dès lors que la loi civile s’efface devant les prescriptions du culte.
Préserver les fondements : la loi de 1905 et le droit de critique
La défense de la paix civile et de la citoyenneté commune repose sur des piliers institutionnels que nul ne devrait fragiliser. La tentation récurrente d’aménager la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 par des compromis clientélistes ouvre la porte à des revendications communautaristes régressives. De même, la volonté larvée de réintroduire l’interdit de blasphème sous des oripeaux vertueux est une menace existentielle pour l’esprit des Lumières.
La liberté de conscience, inscrite dans nos textes fondamentaux et rappelée dans chaque appel laïque, garantit le droit de croire ou de ne pas croire, mais aussi celui d’analyser, d’ironiser et de contester toutes les doctrines. En matière de liberté de penser et d’expression, la République ne transige pas avec les sensibilités dogmatiques.
Réaffirmer la priorité de l’égalité sociale
Il serait enfin illusoire de combattre l’obscurantisme sans s’attaquer à ses terreaux matériels. L’affaiblissement des services publics, la ségrégation territoriale et le recul des solidarités concrètes ouvrent un boulevard aux entreprises de captation identitaire. Lorsque la puissance publique se retire, les officines communautaires s’érigent en tuteurs des quartiers populaires.
Comme l’a souvent souligné le Communiqué de l’Union des Familles Laïques, la reconquête citoyenne exige un réinvestissement massif de l’État social au bénéfice de tous. Remplacer l’égalité des droits et la justice redistributive par des accommodements confessionnels ne fait qu’alimenter le ressentiment civique et les extrémismes politiques. La laïcité demeure le cadre indissociable du progrès démocratique.
