Le rassemblement du 1er mai 2002 s’est inscrit dans une gravité citoyenne toute particulière. Entre les deux tours d’un scrutin présidentiel ayant vu l’extrême droite accéder à la phase finale, les forces républicaines et syndicales ont tenu à réaffirmer les fondements d’une République indissociablement démocratique et sociale. À Nancy, la présidente de la section locale de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Joëlle Losson, a porté une parole claire sur le lien consubstantiel entre droits fondamentaux et émancipation du salariat.
L’indivisibilité des droits civiques et des garanties sociales
Défendre les principes proclamés par la Déclaration universelle de 1789 exige une lucidité constante : les libertés d’expression, d’association ou de vote perdent leur consistance lorsque la précarité et l’injustice économique privent les citoyens de toute autonomie réelle. À l’inverse, l’histoire atteste que les offensives contre le monde du travail s’accompagnent immanquablement de restrictions sur le droit de grève, la liberté syndicale et le droit de manifester. La République ne saurait être réduite à un cadre procédural abstrait : elle se concrétise dans la protection effective des plus vulnérables, qu’il s’agisse des salariés précarisés ou des travailleurs immigrés luttant pour leur dignité.
Les racines historiques du 1er mai
Ce plaidoyer s’enracine dans la mémoire ouvrière internationale. Le 1er mai puise son origine dans les grandes grèves de Chicago en 1886, où les travailleurs se mobilisèrent pour revendiquer la journée de huit heures. La répression sanglante de Haymarket Square, les poursuites arbitraires et l’exécution d’anarchistes innocents conduisirent le mouvement syndical mondial, réuni à Paris en 1889, à instituer une journée internationale de revendication. En France, le drame de Fourmies en 1891 rappela douloureusement le prix payé par le monde ouvrier pour arracher le droit au repos, à l’instruction et à une vie décente.
Ces batailles passées éclairent nos responsabilités présentes. Comme en témoigne le bilan de cette journée où la fête des travailleurs en 2002 fut un succès mobilisateur, la mémoire vivante des luttes sert de boussole contre les régressions contemporaines. Cette exigence d’action commune a également été développée dans l’intervention d’Éric Tollenaere prononcée à la même tribune.
Une vigilance républicaine et universelle
Face à la montée des nationalismes et des dérives autoritaires, l’affirmation de la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité » conserve une actualité brûlante. Cette solidarité ne s’arrête pas aux frontières hexagonales : elle englobe les peuples en résistance face aux oppressions militaires, aux obscurantismes religieux et à la violence des dominations économiques. La LDH a réitéré cette ligne d’engagement les années suivantes, notamment lors de son intervention du 1er mai 2003, fidèle à l’idéal d’une citoyenneté universelle, laïque et affranchie de toute servitude.
