Le Manifeste des Douze : pour l’émancipation universelle face aux obscurantismes

Au début de l’année 2006, dans le sillage de l’affaire dite des caricatures danoises, douze intellectuels, journalistes et écrivains ont cosigné un texte retentissant : l’appel contre le totalitarisme religieux. Face aux menaces pesant sur les rédactions et aux intimidations idéologiques, cette déclaration a posé les jalons d’un combat civique toujours d’actualité pour la laïcité et l’universalité des droits humains.

L’universalisme contre le piège du relativisme culturel

L’argument central soulevé par les signataires repose sur le refus intransigeant du relativisme culturel. Selon cette dérive pernicieuse, certaines populations devraient être soumises aux lois coutumières ou aux diktats religieux au prétexte du respect de leurs prétendues traditions. Pour les républicains, une telle vision constitue une régression intolérable : l’émancipation citoyenne ne s’arrête à aucune frontière communautaire.

Les principes consacrés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ne tolèrent aucune exception géographique ou confessionnelle. L’égalité des sexes, la liberté de conscience, le droit d’abandonner une croyance ou d’en changer appartiennent à chacun. Prétendre que les sociétés marquées par une religion particulière ne seraient pas faites pour la démocratie revient à abandonner les dissidents, les libres-penseurs et les féministes qui luttent au quotidien, souvent au péril de leur vie, contre les théocraties.

Défendre le droit fondamental à la critique des dogmes

Le manifeste a également opéré une clarification conceptuelle essentielle : distinguer la personne humaine, qui jouit d’un droit absolu au respect et à la protection contre toute discrimination, et les croyances ou philosophies, qui doivent demeurer ouvertes à l’examen critique, à la controverse, et même à la satire. Cette distinction républicaine fondamentale est régulièrement réaffirmée dans nos mobilisations, à l’image des initiatives comme l’appel laïque pour la sauvegarde de nos principes communs.

Confondre délibérément l’agression contre les fidèles et le droit d’analyser ou de caricaturer une religion sert de levier aux censeurs pour museler toute audace intellectuelle. La liberté d’expression n’est pas un privilège octroyé par l’État ou accordé sous réserve de ne choquer aucune susceptibilité dogmatique ; elle est la condition même de l’exercice de la citoyenneté démocratique, comme l’ont rappelé de nombreux créateurs et intellectuels dans le débat public sur la défense de la liberté d’expression.

Un appel qui oblige les démocrates

Ce texte historique signé notamment par Salman Rushdie, Taslima Nasreen, Maryam Namazie ou Caroline Fourest rappelle que l’affrontement contemporain n’est pas un choc géopolitique entre blocs culturels, mais une fracture politique entre démocrates et théocrates. Cette ligne de partage traverse l’ensemble des continents.

Face aux assauts répétés contre le principe de laïcité, notre rôle de citoyens engagés consiste à tenir bon : refuser la capitulation intellectuelle, soutenir sans réserve les opprimés du cléricalisme et promouvoir une République sociale où la loi commune garantit à tous la liberté absolue de conscience.