Rencontre républicaine à Nancy : Europe, laïcité et progrès social

Organisée sous l’égide du club République Sociale, la rencontre civique de Nancy a rassemblé des militants attachés à l’émancipation citoyenne pour débattre d’un sujet fondamental : l’articulation entre l’intégration européenne, le modèle républicain et la neutralité confessionnelle de l’État. Dans le prolongement des initiatives recensées lors de notre rencontre laïque, les échanges ont mis en lumière la nécessité d’une vigilance accrue face aux abandons politiques et aux reculs conceptuels qui menacent l’espace public.

L’universalisme républicain face aux dérives marchandes et corporatistes

Prenant la parole au nom du Grand Orient de France, Edouard Boeglin a insisté sur la vocation philosophique de son obédience, orientée vers l’élévation conjointe de la personne humaine et des structures collectives. Alors que le projet d’unification du continent promettait la paix et la solidarité au sortir des conflits mondiaux, la réalité observable consacre trop souvent l’hégémonie des logiques marchandes et la dérégulation économique.

Cette dérive s’accompagne d’un affaiblissement délibéré du cadre républicain, illustré notamment par la promotion de chartes favorisant les séparatismes linguistiques et communautaires ou par la tentation de pérenniser des exceptions concordataires anachroniques. Pour les défenseurs de l’émancipation, la réponse ne réside pas dans un repli timoré mais dans l’affirmation résolue de la liberté absolue de conscience sur l’ensemble du territoire européen.

Bâtir des institutions européennes strictement sécularisées

Pour le CAEDEL, Etienne Pion a rappelé que l’action militante doit viser l’inscription claire de la séparation des sphères civique et religieuse dans le droit européen. L’indépendance de la puissance publique à l’égard de toute tutelle théologique ou dogmatique constitue le seul rempart efficace contre les communautarismes agressifs et les replis identitaires.

Le combat pour faire prévaloir cette éthique hors des frontières hexagonales requiert des initiatives concrètes :

  • La diffusion d’outils juridiques et d’une charte commune traduisant l’exigence laïque ;
  • La coopération systématique avec les forces humanistes et progressistes européennes ;
  • La défense résolue de nos acquis institutionnels pour prévenir toute régression dictée par des compromis supranationaux.

Cette perspective rejoint les principes défendus au sein de notre manifeste et appel laïque, qui refuse que la citoyenneté soit morcelée par l’assignation confessionnelle.

Laïcité et question sociale : deux combats indissociables

Comme l’a démontré Joëlle Losson pour le club République Sociale, retracer la démarche fondatrice de notre club impose de rappeler que la souveraineté civique est vide de sens sans souveraineté sociale. La loi de séparation de 1905, ardemment portée par Jean Jaurès, est née d’une convergence historique entre l’affermissement des libertés démocratiques et les revendications du mouvement ouvrier.

L’école publique commune demeure le foyer premier de l’égalité républicaine : elle doit transmettre un savoir émancipateur à l’abri des pressions patronales, cléricales et idéologiques.

L’abandon de l’instruction publique aux critères de rentabilité marchande ou l’octroi de subsides aux structures privées constituent des reculs démocratiques majeurs. Tout comme les grandes mobilisations citoyennes ont su par le passé barrer la route aux offensives contre l’école laïque et le droit des travailleurs, la construction d’une république sociale exige le rejet du fatalisme. La liberté de penser et la dignité matérielle demeurent les deux piliers indéfectibles d’un ordre politique véritablement juste.